« Ray était à la fois un scientifique exceptionnel et un être humain extraordinaire — quelqu’un qui inspirait son entourage et incarnait le meilleur de notre communauté. »
— Robert Myers, membre fondateur du corps professoral de l’Institut Périmètre et directeur émérite
Raymond Laflamme
Laflamme travaillant avec le célèbre cosmologiste Stephen Hawking
Laflamme et le fondateur de Perimeter, Mike Lazaridis, dans le laboratoire de l’Institut de calcul quantique (IQC) de l’Université de Waterloo, tout près des théoriciens de Perimeter.
En 2025, l’Institut Périmètre souhaite rendre hommage à la mémoire d’un professeur fondateur de l’Institut, d’un scientifique remarquable et d’un ami très cher, Raymond Laflamme, décédé en juin plus tôt cette année.
Raymond Laflamme avait le don pour faire des découvertes transformatrices. Au début de sa carrière, il a été reconnu pour avoir accompli un rare exploit : celui d’avoir fait changer d’avis le célèbre cosmologiste Stephen Hawking. Étudiant brillant et assidu, Laflamme avait réussi à être accepté en 1984 comme doctorant dans l’équipe de Hawking à l’Université de Cambridge. Hawking jouait avec des modèles de l’Univers dans lequel tout se contracte au lieu de dilater, et il croyait que ce modèle, dans sa première version, exigeait également une inversion de la direction du temps. Laflamme, aux côtés du physicien canadien Don Page, a aidé Hawking à réaliser que le temps doit continuer à avancer, même dans un univers en contraction. Pour reprendre les mots de Hawking, Laflamme « m’a fait comprendre que la flèche du temps n’est pas un boomerang ».
Né à Québec en 1960, Raymond Laflamme deviendra un extraordinaire bâtisseur d’institutions. En 1999, il figurait en bonne place sur la liste des scientifiques auxquels avait pensé Mike Lazaridis lorsque ce dernier projetait de créer un tout nouvel institut de physique théorique au Canada. Laflamme avait déjà quelques percées scientifiques à son actif, et c’est précisément la mission que s’était donnée l’Institut Périmètre : faire des découvertes qui seraient à l’origine des technologies de demain.
Cependant, basé pendant les années 1990 au Laboratoire national de Los Alamos au Nouveau-Mexique, un établissement sous haute surveillance, Laflamme n’était pas facile à joindre. Lorsque le premier directeur de l’Institut, Howard Burton, a réussi à entrer en contact avec lui, Laflamme a décliné sa proposition, craignant d’avoir affaire à un agent du FBI venu vérifier qu’il ne représentait pas un risque pour la sécurité nationale en laissant entrer des visiteurs étrangers dans son laboratoire. Finalement, Burton a réussi à s’entretenir avec lui dans un café à l’extérieur des murs de l’établissement, où il a tenté de convaincre Laflamme de se joindre à un nouvel institut, qui n’était alors guère plus qu’un nom et une idée.
À Waterloo, Laflamme s’est intéressé de près à la création d’un écosystème de collaboration, où théoriciens et expérimentateurs pourraient travailler ensemble à l’avancement du domaine. C’est pourquoi, à son arrivée à l’Institut Périmètre en 2001, Lazaridis l’a nommé directeur de l’Institut d’informatique quantique (IQC), qui devait bientôt ouvrir ses portes à l’Université de Waterloo. Dans les années qui ont suivi, et en grande partie grâce aux conseils de Laflamme, les deux organisations ont pris leur envol côte à côte.
Raymond Laflamme a véritablement fait sa marque dans le monde de l’informatique quantique. Il a été parmi les premiers à reconnaître le potentiel de la mécanique quantique pour les sciences de l’information, l’informatique et même la cybersécurité. Au Nouveau-Mexique, il avait réalisé certains des travaux qui ont posé les jalons du domaine désormais en plein essor de l’informatique quantique, comme l’élaboration du théorème de Knill-Laflamme-Milburn (KLM), qui est à la base de tous les systèmes quantiques optiques modernes.
En 2005, Raymond Laflamme a participé à accomplir l’un des premiers pas importants dans l’histoire de l’informatique quantique : il a mis au point un processeur quantique à 12 qubits, le plus puissant au monde à l’époque. Depuis, il n’était plus question que de passer à l’échelle supérieure, et désormais, l’ordinateur quantique est sur les lèvres des dirigeants et des innovateurs technologiques de partout sur la planète. Aujourd’hui, la puissance de calcul n’est plus le seul centre d’intérêt. Des outils quantiques pour la détection, les communications et la cybersécurité sont en cours de développement.
Raymond Laflamme a reçu de nombreux prix et distinctions tout au long de sa carrière légendaire. Il a été fait membre de la Société royale du Canada et Officier de l’Ordre du Canada, a remporté le prix ACP-CRM de physique théorique et mathématique et s’est vu remettre la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, pour ne nommer que ceux-ci.
L’Institut Périmètre, et la communauté de la physique en général, regrette la perte non seulement d’un scientifique brillant, mais aussi d’un grand ami. C’est avec affection qu’on se souviendra de Raymond Laflamme. Il laisse derrière lui le souvenir d’un esprit d’aventure intarissable que tous ceux et celles qui le connaissaient aimaient et admiraient. À sa mémoire, nous poursuivons l’aventure.
Tout au long de sa carrière, Raymond Laflamme a reçu de nombreux prix et distinctions, au Canada comme ailleurs, pour avoir été une figure fondatrice de la science au pays et pour ses réalisations remarquables en physique théorique. Voici une liste des grands honneurs qu’il a remportés :
- Officier de l’Ordre du Canada, 2019 [lien].
- Lauréat du prix ACP-CRM 2017 de physique théorique et mathématique de l’Association canadienne des physiciens et physiciennes [lien].
- Titulaire d’une chaire de recherche du Canada, niveau 1, de 2002 à 2022
- Médaillé du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, 2013
- Membre reçu de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, 2011
- Membre reçu de la Société américaine de physique, 2011
- Membre reçu de la Société royale du Canada, 2008
- Lauréat du prix Découverte – programme de bourses d’excellence du premier ministre – en sciences naturelles et en génie (assorti d’une bourse de 500 000 $), 2007
- Place sur la première liste des 50 découvertes marquantes de 2006 du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG)
- Titulaire de la bourse Fondation Ivey à l’Institut canadien de recherches avancées (CIFAR), de 2005 à 2010
- Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en information quantique, de 2002 à 2008 (renouvelée de 2009 à 2016)
- Titulaire d’une Bourse du premier ministre pour l’excellence en recherche, gouvernement de l’Ontario, de 2002 à 2007
- Boursier du CIFAR dans le cadre du Programme d’information quantique, de 2001 à 2025
- Auteur d’une des 10 découvertes l’année de la revue Science, 1998
Hommager une vie. Inspirer l’avenir.
Pour célébrer et perpétuer l’incidence extraordinaire de Raymond Laflamme, l’Institut Périmètre crée la Bourse postdoctorale Raymond-Laflamme — un hommage durable à son esprit de générosité, d’exploration et d’excellence.
Aidez-nous à poursuivre sa vision en investissant dans l’avenir de la découverte : faites un don à la Bourse postdoctorale Raymond-Laflamme.