Allocution de Mike Lazaridis, président du conseil d’administration de l’IP, au Forum des politiques publiques


Le Forum des politiques publiques du Canada a récemment remis un prix d’honneur à Mike Lazaridis.

Le dîner-hommage du FPP

Chaque année, le Forum des politiques publiques (FPP) du Canada organise un dîner-hommage qui rassemble plus d’un millier de dirigeants de tous les secteurs de la société canadienne pour honorer des Canadiens qui se sont distingués par leur contribution remarquable à la qualité des politiques et de la gestion publiques dans notre pays. Le FPP est un organisme indépendant, sans but lucratif, qui s’efforce d’améliorer le dialogue entre les secteurs privé, public et bénévole, dans le but de résoudre les problèmes et les questions à long terme qui ont de l’importance pour la vitalité de la démocratie et de l’économie canadiennes.

Cette année, le dîner-hommage du FPP a eu lieu le 2 avril 2009. Plusieurs chefs de file de la société canadienne y ont été honorés, dont Mike Lazaridis, fondateur et président du conseil d’administration de l’Institut Périmètre, qui a parlé de l’importance d’une vision à long terme de la part des personnes qui participent à la définition des politiques en matière de science et de technologie. Le texte qui suit est la version française des commentaires formulés au FPP par Mike Lazaridis à cette occasion, élaborée à partir de leur compte rendu dans les médias nationaux.

Allocution de Mike Lazaridis

Quand nous réfléchissons à notre approche de la science et de la technologie, il nous faut remonter dans l’histoire et regarder ce qui s’est passé il y a un siècle. Le monde était en crise : la communauté scientifique était en crise, le génie, les entreprises et la technologie étaient en crise, les gouvernements étaient en crise, l’environnement était en crise.

Il n’y avait pas assez de chevaux, et les chevaux circulaient dans tous les sens à New York, servant à transporter des biens pour aider à construire la ville aussi vite que possible. Il était impossible d’élever des chevaux au rythme voulu, de sorte qu’il fallait trouver des moyens d’investir pour exploiter davantage les chevaux et construire plus de diligences et de chariots. Et il fallait trouver des moyens de nettoyer les rues, qui étaient dans un état déplorable. Il y avait donc des problèmes d’environnement, de pollution et de maladie.

Au même moment, les physiciens étaient confrontés à d’incroyables contradictions entre la théorie et les expériences. Par exemple, ils ne comprenaient pas pourquoi la lumière ne se comportait pas comme prévu – ils ont appelé cela la « catastrophe de l’ultraviolet ». Il y avait donc tous ces problèmes en sciences, et toutes ces entreprises qui se demandaient ce qu’elles allaient construire ensuite et quoi faire pour bâtir l’économie. Et à travers tout cela, il y avait un homme qui n’arrivait pas à trouver un véritable emploi en physique.

Imaginez la situation suivante il y a une centaine d’années. Un conseil subventionnaire est chargé de diriger l’économie, de faire croître le commerce, de commercialiser la technologie et de faire des choses importantes pour le pays. De quoi ses membres se préoccupent-ils? Évidemment, ils pensent qu’il faut davantage de chevaux, de meilleurs moyens de nettoyer les rues, ainsi que des méthodes pour construire des diligences et des chariots plus performants. Et notre physicien se présente devant cet organisme. Les membres du conseil lui demandent : « M. Einstein, pourquoi êtes-vous ici? » Il répond : « Oh, j’aimerais avoir un bureau et une allocation. » « Que voulez-vous dire? », lui demande-t-on. Alors il explique : « Eh bien, j’ai besoin d’un pupitre et d’un tableau, peut-être d’une étagère pour mes livres et mes papiers. J’ai aussi besoin d’une petite allocation pour aller à quelques conférences scientifiques dans le monde et embaucher des postdoctorants. » « Mais pourquoi? », lui demandent-ils. Et il répond : « Eh bien, j’ai quelques idées à propos de la lumière. C’est très compliqué, mais la lumière peut… ». Et les membres du conseil commencent à se demander : « Mais qu’est-ce que cela a à voir avec les chevaux? »

Cet homme a dû chercher un emploi et est allé travailler dans un bureau de brevets. Quelques années plus tard, dans ses temps libres, il a écrit les quatre articles les plus importants de tous les temps. Des idées qui ont transformé tout ce que l’on savait et qui ont orienté l’humanité dans une nouvelle direction. Il a eu l’une des idées fondamentales qui ont mené à la technologie quantique, lorsqu’il a prédit les propriétés quantiques de la lumière, expliquant une observation appelée effet photo-électrique. Il a eu l’idée de la relativité restreinte, compréhension nouvelle de l’espace et du temps. Il a aussi découvert que la masse et l’énergie sont fondamentalement équivalentes. Par sa réflexion et ses calculs, il a trouvé E=mc2, l’équation la plus célèbre de tous les temps. Avec les années, ces découvertes ont donné l’énergie nucléaire, les semiconducteurs, les ordinateurs, les lasers, l’imagerie médicale, les DVD, et bien d’autres choses encore. Ces idées puissantes sont nées de la réflexion et de la recherche pures, de la part d’un homme qui aurait dû laisser son poste pépère au bureau des brevets pour être chercheur ou professeur dans une université.

Revenons maintenant à notre époque. Nous avons bien des problèmes. Nous nous dirigeons vers une pénurie d’énergie, quelle que soit la manière dont on fait les calculs. Et nos sources d’énergie actuelles modifient notre climat et notre environnement d’une manière catastrophique et irréparable. Parallèlement à cela, nous avons cet immense besoin de créer de la richesse parce que notre système financier a foncé tout droit sur un récif de corail. Nous nous endettons pour essayer de nous dégager de ce récif, et nous avons besoin encore davantage d’innovation et de création de richesse. Tout cela nous saute en plein visage.

Il suffit de nous rappeler cet homme qui réfléchissait à propos de la lumière pour nous rendre compte que nous devons subventionner nos scientifiques, nos chercheurs et nos étudiants. Non seulement nous devons les financer de manière imaginative, mais aussi être persuadés que ce qu’ils font sera important dans 20, 30, 40 ou 50 ans, même si nous ne comprenons pas maintenant en quoi cela est pertinent.

Par conséquent, nous devons être très prudents dans nos politiques et ne pas tout envisager dans un contexte à court terme – ne pas chercher à savoir uniquement en quoi quelque chose est pertinent aujourd’hui –, parce que si nous faisons cela, nous commettrons une erreur. Nous irons dans la mauvaise direction. Nous investirons dans les chevaux, les chariots et le nettoyage des rues pleines de fumier, au lieu de promouvoir la recherche qui peut engendrer une idée ou une nouvelle technologie qui changera le monde.

À l’heure actuelle, il y a un peu de tohu-bohu en physique parce que nous faisons face à quelques paradoxes et à certaines données qui n’ont aucun sens. Par exemple, la loi de Moore, qui décrit la miniaturisation des puces informatique, atteindra sa limite dans 10 ans. Tout ce sur quoi nous bâtissons notre industrie des télécommunications et l’ère de l’information atteindra cette limite si nous ne trouvons pas de nouveaux fondements. Nous avons besoin d’une nouvelle découverte. Elle va se produire, et nous devons faire des investissements majeurs dans ces études ésotériques sur des sujets comme le calcul quantique, l’informatique quantique, la gravitation quantique, la théorie des cordes, etc., parce que je vous garantis que l’une des découvertes qui émergera de ces recherches résoudra l’un de ces paradoxes scientifiques et expliquera ces données insensées. Lorsque cela se produira, dans 20 ou 30 ans, tout sera méconnaissable.

– Mike Lazaridis
 

Le Forum des politiques publiques

Le Forum des politiques publiques (FPP) est un organisme sans but lucratif, qui s’efforce de promouvoir l’excellence gouvernementale au Canada par l’entremise d’un meilleur dialogue entre le gouvernement, le secteur privé et le secteur bénévole. Le FPP est neutre, apolitique, non gouvernemental et indépendant, ce qui lui permet de créer un « espace sécuritaire » où un dialogue franc et ouvert entre des chefs de file de tous les secteurs peut avoir lieu. Le FPP est d’avis qu’un bon gouvernement, des politiques publiques solides et de fortes institutions démocratiques reposent sur la contribution de tous les secteurs de la société.

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